jeudi 25 septembre 2014

…Baby one more time












  



C’était le début de l'après-midi. Depuis le matin, Laura se sentait triste et seule, peut-être à cause du temps gris, peut-être à cause de l’avenir qui lui semblait incertain. Allongée sur son lit depuis une bonne heure, ses pensées vagabondaient sans cesse d’un sujet à l’autre et elle n’arrivait pas à se décider à faire quoique ce soit. Remettre les choses au lendemain était devenu une sorte d’habitude, et même si elle ne se satisfaisait pas de cet état, elle n’arrivait pas à s’en détacher. Le driiiing! familier de son téléphone lui indiqua qu’elle venait de recevoir un SMS. Son doigt glissa sur l’écran de son smartphone. Sa meilleure amie l’invitait à sortir faire du shopping en fin d’après-midi. Pourquoi pas ? Ses placards étaient déjà pleins, mais il fallait bien renouveler de temps en temps sa garde-robe. Et cela finirait sans doute, comme à chaque fois, à refaire le monde autour d’un ou deux mojitos. Elle s’arracha à ses rêveries et se mit lentement à genoux. Elle avisa les compact discs bien rangés dans le petit meuble de pin posé contre le mur, au-dessus de son lit, et en parcourut machinalement les titres. Elle sourit en voyant l’album de Britney Spears que justement son amie d’enfance lui avait offert il y a quelques années. Ses doigts saisirent la tranche du CD, l’ouvrirent et retirèrent le disque argenté. Quelques secondes plus tard, le lecteur l’avala et le bruit léger et familier du moteur se mettant en route se fit entendre, comme un prélude d’entrée dans un espace sonore dans lequel elle aimait plonger. Les premiers accords plaqués sur le clavier de …Baby One More Time résonnèrent dans la chambre et la firent frémir. Elle se leva et fit face au large miroir installé contre le mur, où elle aimait se regarder danser. Combien d’heures avait-elle passé à répéter la chorégraphie de ce morceau ? Elle aurait été bien incapable d’en faire le compte. Mais un chiffre astronomique, très certainement. Elle avait adoré cette chanson, comme des milliers d’autres filles. Le thème en était universel : la séparation d’un garçon et d’une fille. Et cet appel à l’aide de la chanteuse qui murmurait ses regrets :

Oh baby baby, how was I supposed to know
That something wasn't right here
Oh baby baby, I shouldn't have let you go
And now you're out of sight yeah

Pourquoi les garçons qui abandonnaient les filles étaient-ils souvent les plus attirants ? Elle avait trouvé que le clip sonnait comme un cri de désespoir mais aussi comme une revanche, où Britney, en uniforme d’étudiante, laissait éclater sa féminité et séduisait tous les garçons qu’elle rencontrait. Comme si la musique et la danse lui permettaient d’exorciser le drame, de passer à autre chose. Mais il n’y avait pas que ce thème qui résonnait en elle. Laura avait été très sensible à l’univers cadré, codifié du collège américain, et en même temps – ou peut-être en était-ce la cause – diablement érotique. Devant la glace, elle s’était amusée de nombreuses fois à reproduire la tenue de la chanteuse : jupe courte, chemiser blanc noué sur le devant, laissant le nombril apparent, longues chaussettes grises. Lorsqu’elle avait découvert les paroles de la chanson, elle en avait fait une lecture nettement plus ambiguë, laissant son imagination courir sur les mots. Elle les connaissait depuis longtemps par cœur et se mit à les fredonner tout en se mettant à bouger lentement son corps devant la glace.

Chaque fois que Laura dansait, elle se sentait en accord avec elle-même. Elle prenait sa place, au sens littéral, dans l’espace. C’était comme si la musique la pénétrait, l’envahissait et se mettait à commander ses muscles. Et comme elle comprenait les paroles de cette chanson.

Show me how you want it to be
Montre-moi comment tu veux que cela soit …

Tell me baby, cuz I need to know now
Dis-moi, bébé, parce que j’ai besoin de savoir maintenant …

Give me a sign, hit me baby one more time
Donne-moi un signe, prends-moi une fois de plus … viens me retrouver … et pour être pardonnée … couche-moi en travers de tes genoux … et telle une petite fille … donne-moi la fessée …

Show me how you want it to be
Montre-moi comment agir … montre-moi la voie …

I must confess that my loneliness is killing me now
Don't you know I still believe
That you will be here and give me a sign
Hit me baby one more time
J’avoue que ma solitude me tue … ne sais-tu pas que j’y crois encore … que tu reviendras et que tu me feras un signe … c’est moi le bébé je le sais … j’en ai honte mais je sais … que si tu reviens … je finirai couchée … sur tes genoux … tu seras fière de moi … après … je veux être punie et pardonnée … déculottée … oh j’ai honte … mais cela me fera du bien de pleurer … et après tu me prendras … et alors … je saurai que nous nous serons retrouvés … punis-moi … donne-moi … donne-moi … donne-moi la fessée.

La chanson venait de se terminer. Epuisée, Laura se laissa tomber sur le lit. Elle se releva soudain, mit ses écouteurs et chercha rapidement dans sa playlist la version de la chanson reprise par Ahmet & Dweezil Zappa. Une reprise violente et sombre, dont les voix graves la faisaient chavirer. Elle se coucha en chien de fusil.

Show me how you want it to be.
Hit me baby one more time.

Elle s’imagina qu’il entrait dans la chambre. Elle respira plus fort. Oui, entendre ses reproches, baisser la tête, sentir dans son bas-ventre une sorte d’onde désagréable, puis des milliers de papillons s’envoler au moment d’être basculée. Elle fit lentement glisser sa petite culotte. Sa main s’immisça doucement entre ses cuisses et elle commença à se caresser en s’imaginant la scène. Déculottée. Fesses nues. Punie comme une gamine. Se débattant, en vain. Il voit mes fesses nues. Il voit mes fesses rouges. Il me punit. Mais il est là. Et, enfin, pleurant, se réfugier dans ses bras et chuchoter à son oreille :

Show me how you want it to be.
Hit me baby one more time.

Et s’entendre répondre :

You wanted it baby.
I hit you because I love you.

Laura ferma les yeux, ses doigts accélérèrent leur mouvement de va-et-vient et son corps fut envahi par un violent spasme quand elle s’abandonna enfin à son orgasme.

12 commentaires:

Annonciate a dit…

Magnifique texte Sam, aussi bien écrit que les autres, un vrai plaisir de vous lire. Il est vrai qu' en écoutant une musique que l' on aime on s' imagine se retrouver dans un autre monde, où tout va pour le mieux, on rêve finalement. Merci Sam.

Une fidele lectrice a dit…

Oui c'est bien mais...Où sont nos Marion et Sam préférés? :-/ En congés avancés de Toussaint?!On est qu'en septembre! J'espère qu'ils n'ont pas pris une année entière sabbatique :-/ ou pire une vie entière 8-0! Ça manque...

Princesseenherbe a dit…

@Sam : Moi j'aime un peu moins cette histoire mais bon ... à côté de ça je trouve super ton idée de prendre des personnages différents. Comme ça tu pourras nous montrer tous les types de princesse qui existent :-D ... m'enfin sinon, tu étais bien lancé et là plus rien, plus d'histoire ! pfffffffff

Sam a dit…

@Annonciate: Merci à vous, heureux de faire rêver mes lectrices :-)

@Une fidele lectrice: J'écris en fonction de mon inspiration ... et j'avais besoin comme je l'ai expliqué d'explorer des chemins de traverse. Sur certains d'entre eux peut-être que Marion se promènera et que Sam la rencontrera de nouveau 0:-)

@Princesseenherbe: Je comprends tout à fait que certains aspects de mes histoires ne rencontrent pas l’imaginaire de toutes les princesses ... mais tu as raison, toutes les princesses sont uniques en leur genre et cela vaut la peine de les découvrir (dans tous les sens du terme :-D). Et sinon, toujours aussi impatiente ;-)

Une fidele lectrice a dit…

Oui c'est ton blog et ton esprit. Tu fais comme tu le sens!

Princesseenherbe a dit…

@Sam : T'en as pas marre de nous faire attendre comme ça ?!?!

Lou a dit…

@Sam: Moi j'aime tes textes tes héroines ton style. Tes mots qui soulèvent nos robes de princesses pour venir cingler nos cuisses. Chaque histoire est différente en ce moment mais c'est un choix interessant, ça renouvèle, ça ne lasse pas, c'est un blog qui travaille. On ne s'identifiera pas à chacune des héroines mais on y piochera partout ce qui nous fait vibrer, ce qui nous fait frémir, et parfois même pleurer à gros sanglots avant le câlin salvateur. La seule chose que je n'aime pas, que je déteste sur ce blog ben c'est quand t'écris pas!!
Dans combien de dodo on a une nouvelle histoire Sam?
Parce que moi je m'ennuie...et quand je m'ennuie...je fais des bêtises :p

@Princessenherbe et Tassmania: Hey les copines moi j'ai bien envie d'aller voir ce qu'il y a de l'autre côté du mur, vous savez, où Sam veut pas qu'on aille, vous venez?

Sam a dit…

@Princesseenherbe: Moi,non 0:-)

@Lou: J'aime bien que mes mots aient ce pouvoir dans ton esprit :-). Oui, je vais continuer à écrire, même si j'ai du mal à donner une date. Faire le mur ? Hum ... c'est dangereux pour les petites princesses, ça :-D

Albane a dit…

@Sam: ne JAMAIS donner de date pour une histoire à venir (ni pour une fessée d'ailleurs!) on reste ferme en toute circonstance! Les jeunes femmes adorent ça, moi la première :-D

Lolie a dit…

Très touchant.
Ces moments-là sont une partie importante du fantasme de la fessée, ils le nourrissent, l'entretiennent. Parfois avec envie et désir, prémices d'une fessée pas encore vécue, parfois avec nostalgie et manque, souvenirs d'une rencontre passée et peut être attente d'une fessée à (re) venir.

Sam a dit…

@Lolie: Merci. Oui, je pense que cela fait partie de la construction de l'imaginaire, et que cela fait en grande partie la force de l'expérience vécue par la suite.

Lou espiègle a dit…

Et blablabla pendant qu'on disserte sur la fessée nous on a déjà fait le mur et même qu'on nous a pas vues!! :p

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