lundi 6 mai 2013

Traité d'éducation des jeunes princesses à l'usage de leurs précepteurs - La solidarité - 3ème partie
















La solidarité selon Maître Samuel

3ème partie


A dix-neuf heures, Sélène et Sophia apparurent en portant un plateau sur lequel était posé une carafe d’eau et deux quignons de pain. C’était un bien maigre repas … Elles ne dirent pas un mot, mais les regards qu’elles échangèrent furent éloquents. Sélène et Sophia, qui ne détestaient pas voir à l’occasion leurs camarades punies, affichaient un air presque aussi angoissé qu’elles. Maître Samuel avait probablement laissé échapper une ou deux allusions concernant leur prochain sort, et si Sélène et Sophia les plaignaient déjà, cela n’augurait certainement rien de bon. Elles burent un peu d’eau mais leurs estomacs refusèrent d’absorber toute nourriture.

A vingt heures, elles entendirent le pas de Maître Samuel résonner dans le couloir.

-         Louise ! Je … j’ai peur !

Louise n’en menait pas large non plus, mais l’angoisse d’Herbeline la toucha et elle l’entoura de ses bras d’un geste protecteur. La porte s’ouvrit et Maître Samuel entra.

-         Ah ! je vois que vous êtes de nouveau inséparables ! Mais j’avoue que je préfère vous voir rapprochées l’une à l’autre de cette manière, plutôt que d’une autre tantôt qui sied beaucoup moins à des jeunes personnes de votre rang …

Ce fut Louise qui prit la parole :

-         Maître … Herbeline est encore jeune … et elle a été victime de ma jalousie … punissez-moi car je le mérite … mais épargnez-là …
-         Louise … je note avec plaisir que vous reconnaissez chez vous ce vilain défaut … mais Herbeline doit aussi apprendre à ne pas se laisser entraîner inconsidérément, quelle qu’en soit la raison … vous serez punies toutes les deux de la même manière … Suivez-moi à présent.

Herbeline avait bien voulu prendre la parole pour s’accuser à son tour, mais le ton de Maître Samuel l’en dissuada. Alors Louise et Herbeline se prirent de nouveau par la main et suivirent, tête baissée, Maître Samuel qui se dirigea vers la chapelle désaffectée du couvent et en ouvrit le lourd vantail.

-         Allez ! Entrez !

La chapelle, qui avait autrefois connu son heure de gloire, avait été vidée de ses bancs. Quelques chandeliers avaient été allumés, projetant une lueur blafarde sur le sol de marbre. Une odeur de cire chaude flottait dans l’air. Lorsque leurs yeux furent habitués à la faible clarté, elles remarquèrent en même temps une série de circonvolutions claires disposées sur le sol. Le marbre blanc de Carrare se mêlait à un marbre plus sombre, presque noir.

-         Je vois que vous venez de découvrir le labyrinthe de la chapelle.
-         Le … le labyrinthe ?
-         Oui. Vous n’ignorez certainement pas qu’un labyrinthe, λαβύρινθος en grec ancien, ou labyrinthus en latin est un tracé muni généralement d'embranchements, d'impasses et de fausses pistes, destiné à perdre ou à ralentir celui qui cherche à s'y déplacer. L’un des plus célèbres labyrinthes était celui construit par Dédale pour enfermer le Minotaure, que Thésée finit par tuer, retrouvant son chemin grâce au fil d’Ariane …

Louise et Herbeline pensèrent aux nombreuses histoires qu’aimait à leur raconter Maître Samuel lors de ses leçons, autour d’un feu de bois. Mais elles frissonnèrent en pensant que cette histoire-ci les concernait toutes les deux au premier chef, et qu’elles auraient préféré l’écouter dans d’autres circonstances. Mais Maître Samuel poursuivait déjà.

-         … et je connais deux petites princesses qui se sont justement égarées, ces temps-ci … et qui ont besoin de retrouver … disons … le droit chemin …

Maître Samuel s’arrêta un instant afin que Louise et Herbeline impriment bien dans leur esprit sa dernière tirade. Le droit chemin … celui qu’il faut suivre … alors que tant de chemins de traverse proposent leurs tentations …

-         Savez-vous quelle est la principale caractéristique d’un labyrinthe d’église, Mesdemoiselles ? Non ? Et bien je vais vous l’apprendre. Si vous regardez attentivement son parcours, vous verrez que contrairement à la plupart des labyrinthes, malgré son tracé sinueux, il ne comporte ni embranchements ni culs-de-sac. Un seul chemin est possible, celui qui mène au centre. Et le pénitent qui le parcourt n’a besoin que de persévérance pour y accéder.
-        
-         Savez-vous également que le centre était appelé le paradis ? Et que le chemin était en général parcouru à genoux ? Et savez-vous encore comment était-il nommé ?
-        
-         Il était nommé – ce qui va être tout à fait de circonstance dans quelques minutes - la Via Dolorosa 

2 commentaires:

Princesseenherbe a dit…

@Sam : Bon là ça devient carrément méchant ... soit elles sont punies soit elles sont pardonnées mais dans tous les cas il est temps d'en finir avec cette histoire !

Lou a dit…

...Sam...je...j'ai peur...il me fait peur ton texte...

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