mardi 19 mars 2013

Le manuscrit de Lou - 1


Lou vient de m'annoncer qu'elle vient de trouver dans une vieille malle remplie de vêtements anciens, au fond de son grenier, une liasse de vieux papiers retenus par un joli ruban rose. Ces vieux papiers, qu'elle a commencé à déchiffrer, l'ont fortement troublée par leur similitude avec le traité que je suis moi-même en train de traduire.
Serait-il possible que la facétieuse Louise ait pu, un jour, chaparder ce manuscrit ? Qui parait-il, d'après Lou, contient également tout un tas de comptines et de récits très probants de cette période ?
Mais je crois que mon devoir est de vous les faire partager pour qu'à votre tour vous puissiez les découvrir ... et vous faire votre propre opinion.
Comme c'est à Lou que nous devons cette découverte, je les publierai sous le nom générique de son inventeur. Voici donc les premiers feuillets du manuscrit de Lou, que je remercie vivement pour ce magnifique et troublant partage.

Des nuits dans les dortoirs

 1ère partie

Les samedis, dans les vastes jardins du Château de la Pommeraie, Madame de Biseulles recevait ses nombreuses amies. Cette décision prise un jour, par une belle journée d'été, était devenue une habitude et ce rendez-vous se reproduisait désormais de manière hebdomadaire depuis une année entière. Madame de Biseulles était la femme la plus vertueuse de la Cour mais aussi la plus austère. Ses plus proches amies la respectaient infiniment et dieu sait qu'elle avait grande influence en mondanité - même auprès du Roi et de la Reine disait-on -. Aussi, en dépit de son caractère strict et de sa mine affable, ses amies se gardaient-elles bien de le lui reprocher même si certaine d'entre elles se demandaient comment une telle bigote au physique ingrat avait pu donner naissance à l'angélique petite Louise, fraîche comme une rose et débordante de vie.
Trop débordante de vie.
Là était, en ce jour, le problème qui concernait le rendez-vous du samedi et qui faisait froncer gravement les sourcils des quatre femmes assises autour de la fontaine des Amours. 
- L'idée d'engager Maître Samuel pour ces enfants était déjà une idée novatrice ma chère Hélène, pensez-vous vraiment qu'il faille...
- Je le crois plus que nécessaire Marguerite, coupa sèchement Mme de Biseulles.  Maître Samuel n'a rien contre, au contraire, il pense que l'idée sera salvatrice pour nos filles. Dois-je vous rappeler le comportement affligeant de votre cadette Herbeline dans cette sombre histoire?

Mme de Biseulles toisa Marguerite de Rochouart qui baissa les yeux. Elle avait fait allusion à la dernière sottise des quatre filles. Herbeline, Louise, accompagnées de Selene et Sophia, les filles respectives de Mesdames de Polignac et de Aloa, s'étaient rendues coupables de tricherie à la dernière interrogation écrite de Maître Samuel.
Leur comportement, bien que lourdement sanctionné, avait été si honteux aux yeux du précepteur, qu'il avait exigé une réunion exceptionnelle auprès des parents des quatre jeunes princesses. Bien entendu, les époux avaient accablés de reproches le laisser-aller de l'éducation maternelle et leur courroux s'était peu à peu  ébruité. On avait parlé du vice des princesses jusque sur les bancs de l'Eglise. Cela, Mme de Biseulles n'avait pu le supporter.

- Je vous suis, fit tout à coup la mère de Sélène. Il est temps que ma fille reprenne une attitude des plus respectable, d'autant que mon mari songe à organiser une rencontre avec le Comte de Lux. Son fils est en âge de prendre femme et naturellement, Sélène est un bon parti...Maître Samuel sera un atout précieux afin de préserver sa réputation.
- Je suis également des vôtres, poursuivit la mère de Sophia. Une éducation à la française en plus des bonnes manières russes, voici ce qu'il faut à Sophia.
- Bien, répondit Mme de Biseulles. Et vous Marguerite? Tranchez-vous?
- ...L'absence de ma fille ne me ravit point mais...
Elle hésita un instant.
- Mais j'accepte. 

C'était décidé.
Derrière les quatre femmes, sur le rebord du muret, les quatre paires de jambes nues s'étaient arrêtées de balancer. Le babillage des petites princesses s'était tu. 
Herbeline avait pâli. Sophia tira nerveusement sur sa robe tandis que le visage de Sélène s'assombrissait d'une moue boudeuse. Louise fit tomber la violette qu'elle avait cueilli. 
Et au loin se dessinait la silhouette longiligne de Maître Samuel qui approchait.

- Bien! s'exclama Mme de Biseulles, satisfaite. Elles y entreront donc dès dimanche soir et aucune visite ne sera autorisée. Mesdames, l'éducation des jeunes filles passent aussi par le sacrifice de leur pauvre mère, mais vous verrez que plus tard, alors qu'elles seront des femmes accomplies et admirées pour leur pureté et leur vertu, vous me remercierez de cette idée.
Mme de Biseulles fit signe au précepteur. Dans sa poche, elle caressa doucement la clef qu'elle lui remettrait au lendemain, la clef du petit couvent inoccupé prêté par le Père Sidoine où les filles allaient être éduquées durant les deux mois de l'été...

8 commentaires:

Sofia Aloa a dit…

@Sam, oh non je suis sûre que les petites princesses avaient prévu un été nettement plus joyeux! ;-)

Lou a dit…

Un été où elles auraient pu converser au soleil, nager dans l'eau fraîche, aller aux bals, rencontrer des Princes et minauder...oui...comme elles auraient été chanceuses...Maître Samuel est vraiment trop sévère!

Selene a dit…

Tiens je croyais que Sophia n'avais pas triché!
En plus ça serait pas Madame d'Aloa? plus que Madame de Aloa...
Selene de Polignac... ça sonne bien vous trouvez pas??? ^^

Lou a dit…

Ah je ne sais...le manuscrit était tel quel dans mon grenier...^^

C'est même carrément la classe Selene de Polignac! :)

Sam a dit…

On ne sait de qui est ce manuscrit ... et surtout quand il a été rédigé ... mais la confrontation de plusieurs points de vue sur un même événement est tout à fait riche ... peut-être que Sophia, en fin de compte, a avoué par la suite avoir triché, même si ce n'est pas le cas ... par bravade et solidarité avec ses camarades princesses ...

"Sophia de Aloa" est correct je pense ... peut-être un héritage d'un ancêtre ayant émigré en Amérique latine, et revenu par la suite en cette douce Normandie ...

Sélène de Polignac sonne très bien ... d'ailleurs, c'est drôle, mais ce matin un feuillet s'est échappé du traité, avec une comptine sans doute écrite de la main d'une des petites princesses, et confisquée par Maître Sam, et qui corrobore selon moi l'authenticité du manuscrit de Lou :

Mademoiselle de Polignac
A Maître Sam n'a pas obéi
Sur ses fesses tombent les claques
Elle est bien punie.
Nous allons nous coucher
Après une dure journée
Cet été nous devons travailler
Sinon à chaque fois c'est la fessée.

Sofia Aloa a dit…

@Sam je pense sincèrement que les petites ont d'autres projets cet été que d'aller s'enterrer dans un couvent, non ?
;-)

Sofia Aloa a dit…

@Sam, sûrement pas les princesses Sophia ne trichent pas mais par contre elles fuient parfois et princesse Sophia vas sûrement fuite devant de telles manières injustifiés ! ;-p

Lou a dit…

Je suis certaine que Louise l'aidera à s'enfuir, peut-être même qu'elles essaieront toutes...mais chut!

Messages les plus consultés