samedi 25 août 2012

Fantasme, culpabilisation et sublimation













J'ai déjà abordé l'origine du fantasme lié à la fessée et la culpabilité que l'on peut ressentir, notamment dans La fessée : une pratique infantilisante ? Je voudrais revenir ici sur la manière dont cette culpabilité liée à ce fantasme peut être dépassée en la regardant sous un angle différent. Bien entendu je ne prétends pas être exhaustif ni donner de solution miracle, ce fantsame pouvant avoir de multiples origines et être vécu de beaucoup de manières différentes. Je me contenterais ici de formuler des pistes issues de mes échanges, de mes lectures et de mes propres interprétations, et uniquement dans le fantasme concernant les hommes désirant administrer la fessée, plutôt punitive, aux jeunes femmes, même si les pistes évoquées doivent pouvoir être transposées à d'autres contextes. Mais on ne parle que de ce que l'on connait bien ;-)

L'origine de ce fantsame remonte souvent à l'enfance. Si ce fantsame a émergé souvent à la lecture de récits, plusieurs jeunes femmes que j'ai rencontrées ont également subi la fessée, et en général elles ont en gardé un souvenir très désagréable. Comment une expérience a priori douloureuse peut-elle être devenue plus tard source de désir ? Plusieurs pistes peuvent être proposées.

Avant de les explorer, je rappellerais qu'un modèle couramment adopté par la psychanalyse, le complexe d’Œdipe, que je résume à ma façon ici, est que l'enfant, au cours de son développement, est amoureux du parent du sexe opposé et cherche inconsciemment à le séduire. Lorsqu'il comprend que c'est impossible, il cherchera un autre partenaire extérieur, mais cette première expérience forge l'image qu'il se fait du sexe opposé. Ainsi une femme pourra-t-elle inconsciemment chercher chez un homme certaines valeurs ou qualités qu'elle aura prêtées à son père. Un autre élément utile à garder à l'esprit est notre besoin d'amour, notre besoin que quelqu'un s'occupe de nous. Muni de ces éléments nous pouvons à présent explorer quelques pistes, dans lesquelles certaines se reconnaitront peut-être.

Rechercher un cadre, l'autorité
Parmi les éléments qu'une femme projette sur l'homme, on peut trouver la figure d'autorité. J'ai rencontré des femmes qui aspiraient à trouver dans leur partenaire un "dominant", qui leur permet en quelque sorte de lâcher prise, de se réfugier dans ses bras, de se sentir dans un cadre rassurant. Ces femmes qui ont  pu subir la fessée enfant ont investi de manière très forte cet acte, et le partenaire qui leur administre la fessée est alors symboliquement doté de cette "qualité" de les recadrer si nécessaire comme leur père le faisait. Elles recherchent assez souvent des hommes plus âgés qu'elle, la différence d'âge facilitant la projection inconsciente qui se rejoue. Notons qu'il n'est pas nécessaire en fait d'avoir subi un tel châtiment : il suffit de l'avoir fantasmé par ses lectures. De même l'absence de cadre (par exemple favorisé par l’absence de père) peut amener certaines femmes à rechercher ce cadre rassurant chez leur partenaire. Souvent ces dernières se qualifient elles-même de femme-enfant : ayant manqué d'un père, elles ont pu développer à loisir des attitudes parfois rebelles, et la fessée est pour elles un moyen de retrouver l'autorité dont elles ont pu manquer enfant.

Ainsi, dans ce cadre la fessée va être le plus souvent liée à la réparation d'une faute, réelle ou fantasmée (certaines jeunes femmes sont maîtres dans l'art de la provocation, d'autres ont réellement un comportement inapproprié qu'elles souhaitent la plupart du temps améliorer). Et les sentiments de peur face à la punition, de honte d'être infantilisée, déculottée, fessée vont être très importants pour enfin connaître le soulagement du pardon et l'abandon dans la tendresse retrouvée.


Rechercher des marques d'attention 
Particulièrement lorsque le modèle familial est "traditionnel", le père est plus éloigné de l'enfant que la mère. Il intervient pour rétablir l'autorité, poser le cadre, parfois investi dans ce rôle par la mère elle-même, avec des menaces de fessée qui peuvent ressembler à : "Puisque tu agis de cette manière, on verra ce qu'en pensera ton père quand il rentrera ce soir". Ainsi il peut se construire un modèle du type : "Quand il me donne une fessée, mon père s'occupe de moi", et qui peut glisser par la suite à l'âge adulte vers : "Si je reçois une fessée, c'est qu'un homme s'intéresse à moi".

Il est intéressant de noter que les marques d'attention peuvent être prises au sens propre : la fessée peut laisser des marques, des rougeurs des fesses aux lanières du martinet ou aux striures de la baguette, et qui seront chargées d'une symbolique très forte tant pour celui qui les administre que pour celle qui les reçoit.


Lâcher prise
Peut-être plus encore dans notre société d'aujourd'hui nous sommes en représentation permanente, soumis à des modèles changeants, des cadres flous, le tout augmentant le niveau d'angoisse. Recevoir une fessée et au passage être infantilisée quelque peu permet à certaines jeunes femmes, outre le fait de retrouver un cadre rassurant, de s'exprimer comme bon leur semble, de ne plus être dans le contrôle et de lâcher prise dans les cris, les larmes et les battements de jambes. Il peut être infiniment doux de s'abandonner enfin, de se sentir honteuse, punie et pardonnée de cette manière là, en dehors des codes sociaux qui peuvent être vécus de manière pesante.


Investir la sexualité
La recherche d'un cadre n'est pas forcément liée à la sexualité, mais très souvent les deux sont mélangés. Rien d'étonnant à cela : d'une part parce que la fessée est une expérience physique sur des zones érogènes qui a pu provoquer des troubles chez les jeunes filles recevant ce châtiment, et d'autre part parce qu'elle est liée au fantsame de possession : quand l'homme fait l'amour à une femme, il la "prend", il la "possède", et la fessée peut agir comme un puissant préliminaire puisqu'elle va jouer sur ce registre de domination. On peut comprendre alors qu'une expérience qui s'est souvent révélée traumatisante pendant l'enfance puisse être en quelque sorte rejouée ou interprétée de manière totalement différente à l'âge adulte.


En guise de conclusion : de la culpabilité à la sublimation

La sexualité, énergie fondamentale, ne se laisse pas enfermer dans des cadres ou des modèles simples. Certaines personnes restent "classiques", d'autres, du fait de leur histoire, ont ce fantsame. La ligne de conduite pour moi est de rechercher la situation où on se trouve le mieux possible dans sa vie, en accord avec soi-même. Ce fantasme met souvent en branle une énergie très importante, et elle peut être utilisée comme un moteur.

En fonction de leur histoire, de leur partenaire, certaines personnes vont "jouer" à la fessée comme un piment érotique parmi d'autres, d'autres vont passer chez le psychologue ou s'allonger sur le divan du psychanalyste pour mieux comprendre ce fantsame et ses tenants et aboutissants chez eux, d'autres encore vont rechercher un partenaire complémentaire afin de le vivre pleinement comme une part d'eux-mêmes, toutes ces attitudes pouvant se mélanger et se superposer au cours des années. Au bout du compte chacun doit trouver "sa" solution.

Pour finir, j'ai un jour lu un très joli conseil d'une psychologue à une jeune femme qui avait des difficultés à vivre cette dualité entre son désir actuel et les fessées plutôt traumatisantes de son enfance. Il s'agissait en fait de considérer ce fantsame comme un élément original de sa personnalité, et puisqu'il était là, pourquoi ne pas essayer de le vivre pleinement avec un partenaire approprié ? Cela nécessite bien sûr de prendre de la distance entre ces deux aspects, en considérant que ce qui se joue aujourd'hui n'est pas ce qui s'est joué hier, que son petit ami ou son compagnon n'est pas son père, et cela nécessite parfois un long travail. Mais c'est peut-être aussi une occasion d'avancer dans sa vie en rejouant quelque chose d'une manière différente, en le sublimant d'une certaine manière et en se réconciliant petit à petit avec soi-même.

21 commentaires:

Rose a dit…

"Au bout du compte chacun doit trouver "sa" solution."

Tout ça pour dire ça ! La loose, Rire.

"Ce fantasme met souvent en branle une énergie très importante, et elle peut être utilisée comme un moteur."

Je trouve que c'est un des points intéressants de ton billet... tu devrais le développer. ;-)
Qu'est-ce que tu entends par ça ?

Sam a dit…

@Rose : Oui, j'aime bien les conclusions simples, ce sont souvent les moins compliquées ;-)

Pour l'énergie mise "en branle" :-), je faisais allusion au fait de se relier à la part d'énergie vitale et sexuelle qui est en nous, et au fait que ce fantasme permet de révéler je pense une partie instinctive et animale qui est au fond de nous, souvent refoulée, parce que nous en avons peur. Mais c'est une énergie très puissante, et quand elle est canalisée, je crois qu'elle nourrit notre désir de vivre, elle nous donne le sentiment de se sentir vivant.

Sofia Aloa a dit…

Bonjour je ne me retrouve pas dans les catégories que vous avez cité, je n'ai jamais reçu de fesses de mon père ou je n'en ai aucun souvenir! Et ma famille non plus. Et si il est arrivé dans mon enfance, tout début d'adolescence qu'un instituteur, un mono essaye de me flanqué une fessee ou le désire sans pouvoir le faire mais aucun n'y est parvenu, j'ai toujours été très sportive mon père aussi et avec mon frère et parfois des amis de mon frère qui me cherchaient un peu je pratiquais très vite la lutte greco-romaine, le judo... Enfin aussi de la danse classique... Mais la n'est pas mon sujet, le peu de fois ou un prof ou autre on essayé de me fesser mais je me suis tellement battu, débattu, défendu que jamais cela n'a réussi et de plus je sais que mes parents auraient très mal réagi à ce genre de pratique surtout quand la personne a l'âge d'être mon père et qu'il est tout émoustillé rien que d'en parler

Sam a dit…

@Sofia: Comme je l'ai écrit en préambule je ne prétendais pas être exhaustif. La fessée peut être fantasmée sans qu'on l'ait reçue soi-même. Mais vous-même, reliez-vous ce fantasme à un événement en particulier ? Comment l'avez-vous "découvert" ? Si je ne suis pas indiscret bien sûr !

Sofia Aloa a dit…

@Sam, en fait pendant ma vie sexuelle de jeune fille je ne supportais pas mais dans n'importe qu'elle autre domaine la tentative de domination, si mon petit ami me disait que je méritais une fessee, je râlais, le menaçais et étais vraiment prête à mordre, une fois d'ailleurs après une occasion dont je ne me souviens pas il m'avait donner en présence d'amis a nous une sèche claque sur les fesses et je mettais retourner avais sauter sur lui et l'avais mordu au niveau du cou et de l'épaule très fortement autant vous dire qu'il en ai resté aux allusions mais je me suis rendue compte que les petites piques et allusions m'émoustillais énormément mais à cette époque je ne pouvais accepter cette perte de contrôle pour des raisons très intimes et profondes, ce jeune homme n'a donc jamais pu en profiter et c'est moi qui en tant que femme se cherchant et souhaitant se connaître
qui est fait sorte de réalisé assez rapidement ce fantasme pour voir et comme on dit " l'essayer c'est l'adopter " donc je continue a vivre cette aventure dans ma vie puis dans ma vie de couple

Sam a dit…

@Sofia: Je pense que cet "acte" en public est très délicat, et dépend beaucoup de la relation qui est instituée et ce que les deux partenaires souhaitent ou non montrer à l'extérieur. Dans votre cas, cela était au minimum maladroit, et d'ailleurs votre ami en a fait les frais ... Après, vous avez découvert que des espaces pouvaient exister où vous étiez dominée, sans pour autant vous sentir "moins" que votre partenaire ... si je comprends bien ... et cela vous a ouvert de douces et claquantes, fermes et tendres perspectives ...

Sofia Aloa a dit…

@Sam Exactement même si lui n'en a pas profité à l'époque, c'est allusions à être sage, a la fessee... L'excitait mais je ne l'aurais jamais admis, mon caractère est très fort et je suis très indépendante, aujourd'hui encore et lui je pense qui voulait être le dominant dans la relation sur tout point. J'ose espérer bien que je ne le revois plus qu'il ne ne reconnaisse en lisant mes lignes en venant sur le blog mais peu importe. Car comme vous me le disiez cela et mon entêtement a vivre pleinement mes fantasmes et ma sexualité m'ont permis plus tard de profiter de moments privilégiés entre les mains de mes partenaires et mon joli postérieur et j'ai aussi essayé l'inverse et bien que cela ne me rebute pas, je préfère être fessé mais toujours en contrôlant le rapport de confiance, de respect, de tendresse, de complicité et quand je le veux aussi car j'aime les surprises mais n'importe quand et n'importe comment ! Sinon Sam, j'ai vu que apparemment vous n'étiez plus avec Marion, vous êtes seul ou vous avez des liaisons ou relations sans vouloir être indiscrète ? Et sinon l'âge n'est pas a mon humble avis, un rempart insurmontable mais parfois le manque de connexion dans des projets d'avenirs ou plus proches peuvent l'être dans certaine situation ! Sinon j'attends le reste des histoires cuisantes des princesses mais aussi les comptines car celle que vous avez écris était plaisante et amusante mais elle m'a un peu laissé sur ma faim si je puis dire.

Sofia Aloa a dit…

En plus nous étions ensemble que depuis quelque heures et j'ai toujours été rebelle et un peu sauvage, tant pis pour lui !

Sam a dit…

@Sofia: Oui, il avait voulu vous faire subir une relation qui ne vous convenait pas ... et vous le lui avez signifié radicalement :-)... mais vous avez découvert que cela résonnait avec une part de vous-mêmes ... c'est le côté positif :-D

Non, je suis célibataire actuellement, même si cela m'arrive de donner des coups de main à des petites princesses en péril ... mon côté chevaleresque :-D Effectivement la différence d'âge n'est pas un obstacle pour moi, elle l'a été pour ma petite amie de l'époque, ce qui peut se comprendre. Mais les nombreux contre-exemples que j'avais trouvés n'ont pas suffit à la convaincre ;-)

Bien noté pour les comptines, je continuerai à les traduire. D'ailleurs j'en ai trouvé une au fin fond du traité d'une certaine Sofia, sans doute une lointaine ancêtre à vous :

Petite princesse Sofia
A très mal travaillé
Sa leçon de danse n'a été
Qu'une succession de faux pas.
Petite princesse Sofia
Est en train de le regretter
Elle attend de recevoir la fessée
Désormais des efforts elle fera.

Bonne journée à vous ;-)

Sofia Aloa a dit…

@SamJe ne l'ai pas subi à ce point, c'était fait sans violence mais je ne pouvais pas tolérer de perdre le contrôle de quoi ce soit sinon je suis obligé de contredire votre comptine car je danse depuis au je marche a trois ans j'étais déjà en cours de danse classique ( j'en ai fait plus de 20 ans ainsi que d'autre danses ) ainsi que la natation synchronisée et il ne m'arrive que de manière très rare voir inexistante de faire des faux pas mais j'aime bien la comptine vous auriez vu la chorégraphie autour du feu c'était vraiment superbe, mille merci! Bonne journée

Sofia Aloa a dit…

@Sam et puis je suis très perfectionniste et je m'attelle à la tâche ardemment avec les efforts du, cher Sam!
Pensez-vous réellement que j'aurais besoin de vos cours ou de vos leçons?

Sam a dit…

@Sofia: Je ne sais pas ... mais les petites princesses qui sont passées entre mes mains :-D ont fait en général des progrès. Je ne doute pas de vos talents de danseuse, mais peut-être faites-vous des faux pas dans d'autres domaines ? Une énergie trop débordante qu'il faut peut-être canaliser, une rapidité à écrire des commentaires qui vous font oublier la ponctuation ou commettre quelques fautes d'orthographe ici et là ;-)

Monsieur No a dit…

Un ensemble de réflexions très pertinentes. Merci pour cet article !

Sam a dit…

@Monsieur No: Merci. J'apprécie à sa juste valeur une remarque venant d'un tel expert en la matière :-)

Dinette a dit…

Je voulais vous remercier pour ces "explications de textes".
Tant de sentiments et sensations se mêlent entre le cœur ,l'esprit et le corps en ces répétitions d' instants, qu'il est difficile de réellement comprendre et se comprendre.
Vos explications m'interrogent et me portent à des hypothèses non vides de sens.
Ce n'est pas pour autant que je tiens les réponses mais ne désespère plus de les trouver par delà les lettres.
Dinette.

Sam a dit…

@Dinette: Heureux si mes lettres ont pu vous donner des pistes pour les transformer en mots qui guérissent les maux ;-). Les réponses à nos questions se construisent petit à petit ... et nous ne sommes pas obligés de toutes les trouver non plus ...

Dinette a dit…

j'aime bien "les mots sur les maux" en cela nous avançons. après vient le plus dur : transformer les maux en force.

Sam a dit…

@Dinette: Mettre des mots sur les maux est la première étape, la plus difficile peut-être ... la plus libératrice ... après, il y a parfois des cailloux et des ornières sur le chemin, mais aussi de belles clairières, de belles rencontres. On apprend de mieux en mieux à voyager ... à se protéger quand il le faut ... il faut le faire à son rythme ... se faire confiance ...

Dinette a dit…

les mots sur les maux sont parfois libérateurs mais ensuite....
Je sais pourquoi j'ai un vide pourquoi j'ai une boule dans la gorge et un besoin intérieur. Je sais pourquoi la culpabilité et la gène se mêlent mais après ? je le sais mais je n'ai pas la solution. j"aime la fin de votre idée sur le voyage,la protection et la confiance en soi.je pense que la confiance en soi ne peut être évaluable que de moi seule. Comment se faire confiance ? Quand on a rien à craindre peut être mais sinon?
Dinette

Sam a dit…

@Dinette:Comme je l'ai écrit je crois qu'il n'y a pas de solution toute faite ... mais affronter ses peurs est la bonne solution en général ... c'est une manière de les mettre à distance ... de ne pas se laisser envahir par elles ... et quand on n'y arrive pas tout seul se faire aider peut être une bonne solution.

Dinette a dit…

Merci Sam.

Au plaisir de vous lire une prochaine fois.

Dinette.

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